Impossible d’ignorer le débat actuel autour du niveau d’orthographe en France. Entre anecdotes de professeurs et statistiques alarmantes, la dictée reste un miroir fidèle du fossé générationnel qui se creuse d’année en année. Récemment, dans un collège de l’Essonne, une expérience a mis en lumière ce problème : une professeure a intégré une faute d’orthographe cachée dans une dictée datant de 1965 pour tester la vigilance de ses élèves de 3e… Le résultat parle de lui-même.
Un test révélateur dans une classe de troisième
L’expérience paraît simple : proposer à une classe de 3e une dictée ancienne, conçue dans les années 1960. Pourtant, lorsque la professeure y glisse volontairement une erreur d’emploi du subjonctif, on touche à un enjeu bien plus vaste que celui d’un simple exercice scolaire. Sur vingt-huit élèves, un seul repère cette subtilité grammaticale, exposant ainsi le fossé entre générations.
Ce constat est frappant : chez les adultes, notamment ceux nés avant 1970, la fameuse erreur cachée saute immédiatement aux yeux. Cette différence souligne l’évolution des savoirs et interroge sur la place accordée à la grammaire dans l’enseignement moderne. Claudine M., ancienne correctrice du brevet, confirme que le subjonctif devient une notion méconnue pour beaucoup de jeunes aujourd’hui.
Pourquoi une telle différence entre générations ?
Le fossé générationnel ne relève ni du hasard ni de l’exagération. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les jeunes générations peinent tant à repérer une faute d’orthographe que leurs aînés identifient sans hésiter.
Des programmes scolaires bouleversés depuis 1968
Jusqu’à la fin des années 60, la grammaire était au cœur de l’apprentissage du français. La dictée était régulière et chaque règle faisait l’objet de nombreux exercices. Il devenait presque impossible de laisser passer une erreur cachée, surtout lorsqu’il s’agissait du subjonctif. Mais depuis 1968, tout change : près de 500 heures de français ont disparu des programmes. Résultat : moins de temps consacré à la grammaire, à la conjugaison ou à la rédaction, autant d’éléments essentiels pour aiguiser l’œil face à la moindre faute d’orthographe.
Cette évolution explique en grande partie pourquoi la génération née avant 1970 détecte ces erreurs avec aisance, alors que les jeunes d’aujourd’hui passent souvent à côté. Les bases acquises autrefois semblent s’être perdues en route, laissant place à une approche différente de la langue.
Des méthodes d’enseignement transformées
Depuis les années 80, les pédagogues privilégient une approche contextualisée : moins d’accumulation de dictées, davantage de découverte des règles lors de lectures ou d’activités en classe. Si cet objectif vise la compréhension globale, il fragilise aussi les bases grammaticales nécessaires à la correction orthographique. Même chez les futurs enseignants, des lacunes préoccupantes apparaissent, rendant la maîtrise du subjonctif et la détection d’une erreur cachée encore plus difficiles.
Ce choix pédagogique, pensé pour rendre les cours moins rébarbatifs, expose la jeune génération à des difficultés accrues dès qu’une faute d’orthographe subtile se dissimule dans une dictée ou un texte. Par comparaison, certains domaines de la société sont également affectés par des changements de pratiques, comme c’est le cas avec les décisions de grandes banques françaises évoquées dans l’actualité, à travers le contexte économique lié au Livret A et son rôle dans le financement de projets nationaux.
Chiffres et constats alarmants
Il ne s’agit pas que d’impressions : les chiffres sont sans appel. En 1987, environ 33 % des élèves de CM2 commettaient plus de 15 fautes lors d’une dictée standard. En 2021, ce chiffre atteint un impressionnant 90 %. Ce bond spectaculaire montre à quel point le niveau d’orthographe décline.
La grammaire reste pourtant essentielle, car elle prépare à la vie professionnelle et à l’expression écrite. Certains pensent que l’orthographe compte moins à l’ère numérique, mais beaucoup réclament un retour à plus de rigueur et à la valorisation des fondamentaux, pour éviter que les jeunes générations ne soient désavantagées par rapport à leurs aînés.
Les recommandations des spécialistes face à la crise de l’orthographe
Pour remédier à cette situation, plusieurs pistes émergent. Des experts recommandent un retour à des exercices courts et fréquents afin de redonner goût à la dictée traditionnelle et renforcer la détection des fautes d’orthographe.
Revaloriser la dictée et le subjonctif
Certains préconisent de faire de la dictée un rituel hebdomadaire, non pas comme punition mais comme outil formateur. Elle sollicite la mémorisation, la grammaire, l’attention au détail et le respect des accords. Pour le subjonctif, souvent oublié, il est conseillé de multiplier les explications claires et les exemples concrets, pour habituer les élèves à repérer même une erreur cachée lors d’un test ou d’un exercice.
Varier lectures et exercices pratiques
Les ouvrages classiques rassurent certains enseignants, mais les spécialistes encouragent aussi la diversité des supports : extraits de romans, articles de presse, dialogues authentiques. Cela permet aux jeunes générations de rencontrer différents contextes grammaticaux et d’améliorer leur capacité à repérer la faute d’orthographe où qu’elle se trouve.
Travailler régulièrement sur de petits exercices collectifs aide à développer l’œil critique. Ce type de pratique prépare non seulement aux évaluations scolaires, mais offre aussi des outils précieux pour réussir professionnellement.
- Organiser chaque semaine une dictée courte sur un thème d’actualité réduit la peur de la faute d’orthographe.
- Corriger ensemble les textes motive et renforce l’efficacité des apprentissages.
- Alterner les types de textes (littéraires, journalistiques, dialogue) élargit les compétences globales.
- Impliquer parents et adultes lors de sessions intergénérationnelles peut apaiser le fossé générationnel autour de la langue.





